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Le coup de cœur de la semaine :

 

Le portrait juste et attachant d’une adolescente qui a grandi trop vite dans une Amérique rurale au bord de l’effondrement. Annabelle Attanasio réussit un tour de force pour son premier long-métrage.

 

Résumé : Mickey Peck, une adolescente du Montana, a la lourde responsabilité de s’occuper de son père, un vétéran accro aux opiacés. Quand l’opportunité se présente de quitter pour de bon le foyer, elle fait face à un choix impossible…

 

Mickey n’est qu’une jeune fille américaine comme les autres, sinon qu’elle a déjà connu dans sa courte vie les pires difficultés qu’on puisse imaginer. Elle habite avec son père, un homme désinvolte, certes attachant, mais drogué jusqu’à la moelle. Elle le fournit en produits illicites, veille à l’équilibre économique du foyer et essaye de rendre son existence supportable auprès de cet homme toujours à la limite de l’implosion. Elle voudrait bien tout quitter, faire de son existence autre chose que la déchéance psychologique que son père lui donne à voir tous les jours. Il y a bien ce jeune homme sensible et délicat, Wyatt, qui s’apprête à faire des études de musique au Conservatoire. Il y a l’indiscutable affection qui la lie à son père, et le souvenir de sa mère décédée. Mais surtout, il y a le sentiment d’un destin qui la retient dans ce trou perdu du Montana où rien ne semble possible.

On peine à imaginer qu’une telle situation puisse se produire en France. La comédienne Annabelle Attanasio réalise un premier film qui dresse un constat dramatique d’une certaine Amérique : le système de soins psychiatriques est totalement déficient, la protection de l’enfance apparaît comme le cadet des soucis de l’administration et le déterminisme social confine les gens à un avenir barré d’avance. Il y a beaucoup de désespérance dans le regard que pose la jeune réalisatrice sur son pays. Elle peuple son récit d’une myriade de personnages attachants et sincères, qui tranchent avec le constat amer de tout un pays, les États-Unis. Le spectateur ressent les vibrations sensibles des gens, qui parviennent néanmoins à illuminer la tristesse des lieux.

La film ne serait pas celui-là sans l’interprétation tout en nuance de Mickey par Camila Morrone. La comédienne habite son personnage de grâce et de profondeur. Elle ne cède jamais dans son jeu à l’excès ou le mélodrame. Les larmes, les cris sont rares malgré une violence des situations auxquelles l’adolescente est confrontée à maintes reprises. D’ailleurs, la réalisatrice prend toujours le soin de laisser au hors-champ la brutalité de certaines scènes, rajoutant à la pudeur et à la force émotionnelle du personnage. Mickey est en permanence écartelée entre ses désirs de s’émanciper de son père, la responsabilité qui lui incombe à l’égard de ce dernier, et l’amour que lui vouent les garçons. En réalité, elle n’est jamais à la place qu’elle voudrait occuper, et au lieu de cela, elle choisit le renoncement. La comédienne parvient à brosser un portrait absolument touchant et lumineux de cette adolescente. A côté d’elle, heureusement, il existe cette psychiatre généreuse qui veille sur elle, comme une éducatrice le ferait.

Mickey and the bear est un beau film sur la jeunesse et l’amour parental. La réalisatrice ne force jamais le trait de son récit. Elle laisse les choses se faire, se défaire, grandir. Elle injecte dans son récit des scènes, des bouts de musique, des sourires qui sont autant de lumières dans cette histoire pourtant sombre et désespérée. On ne se lasse pas de suivre cette jeune Mickey qu’on voudrait tout autant protéger qu’inciter à se défaire des griffes de son père. Le film opte pour une véritable sobriété des effets de caméra, certainement par contrainte budgétaire, mais sans doute et surtout pour accorder une part essentielle à son actrice principale qui irradie littéralement l’écran.