Les sorties de la semaine :

Et toujours :

Pour en savoir plus sur les films, cliquez ici

Le coup de cœur de la semaine :

Au cœur d’une nature somptueuse, un docu/fiction délicat sur l’universalité des rapports humains.
Pour son premier poste d’instituteur, Anders choisit l’aventure et les grands espaces : il part enseigner au Groenland à Tiniteqilaaq, un hameau inuit de 80 habitants. Dans ce village isolé du reste du monde, la vie est rude, plus que ce qu’Anders imaginait. Pour s’intégrer, loin des repères de son Danemark natal, il va devoir apprendre à connaître cette communauté et ses coutumes.
Un large plan panoramique d’un territoire à la blancheur immaculée laisse la place à l’étroit bureau d’un membre recruteur de l’Education nationale danoise : deux images qui donnent d’emblée l’esprit de ce film pris entre la quiétude immuable d’une nature de toute beauté et la difficulté universelle des liens entre les hommes. Anders vit dans un coin reculé du Danemark. La tradition familiale suppose qu’il continue à exploiter la ferme de ses parents mais il a d’autres ambitions et rêve d’aventures et encore bien plus d’émancipation. Aussi, malgré les tentatives de découragement de son père qui lui présente les Inuits comme un peuple d’ivrognes et les mises en garde de son recruteur face au climat rigoureux de la région, il choisit ce bout du monde où les traditions ancestrales sont encore bien ancrées même si les smartphones et les réseaux sociaux sont largement implantés.
Si le Groenland est politiquement rattaché au Royaume du Danemark, les Inuits n’ont guère l’intention de s’encombrer des préceptes danois. Arrivé avec plein de bonnes intentions mais aussi avec les clichés issus d’un héritage national, Anders découvre à ses dépens le fossé qui sépare les deux communautés. Que pèse le discours d’un enseignant face à une population qui ne parle pas la même langue que lui et qui envoie plus volontiers ses enfants à la chasse à l’ours ou à la pêche au narval qu’à l’école ? Sûr de son bon droit de colonisateur, Anders s’arc-boute et tente de passer en force. L’indifférence, puis le rejet des habitants l’obligent à comprendre qu’ici comme ailleurs, le secret d’une intégration réussie passe par l’adoption des traditions et du mode de vie de ceux avec qui il entend cohabiter.
C’est avec une infinie douceur que le réalisateur Samuel Collardey décrit cette laborieuse mais victorieuse ascension vers la reconnaissance. Pour ce quatrième long-métrage solidement installé dans la réalité, il renoue tout en délicatesse avec les valeurs de transmission et de partage qui lui sont chères et qui valurent à son premier long-métrage L’apprenti de recevoir en 2008 de nombreux prix, dont celui de la semaine de la critique à la Mostra de Venise. Une fois encore, il fait preuve de son talent à saupoudrer ses propos d’une sensibilité habilement dosée et développe, entre humour et gravité, un récit qui touche droit au cœur d’autant que l’authenticité en est renforcée par un scénario (écrit en collaboration avec Catherine Paillé) en tous points documenté tout en fleurant bon la fiction. Les comédiens, tous amateurs, imprègnent d’une étonnante sincérité les liens qui relient les personnages les uns aux autres pendant que la caméra pose sur eux un regard tendre et crée avec le spectateur une complicité immédiate.
De cette aventure en territoire inexploré, il reste un voyage lumineux qui, en dit plus long qu’il n’y paraît sur la manière dont notre héritage culturel et familial façonne notre rapport aux autres.