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Le coup de cœur de la semaine :

Les dessous du monde du travail sous l’ère capitaliste, ou la déshumanisation progressive (à moins qu’il ne soit déjà trop tard ?) d’une main-d’œuvre au bord de l’asphyxie.

Travail, ton univers impitoyable… Est-ce parce qu’une population vieillissante et proche de la retraite est progressivement mise au placard, ou parce que les langues se délient enfin sur la souffrance au travail que le cinéma, en tant que miroir de la société, multiplie les projets évoquant l’aberration d’un système qui conduit les salariés au bord du gouffre ? Film social, qui évoque les dérives du capitalisme, tout en nous éclairant sur nos modes de consommation, Ceux qui travaillent s’attarde sur l’aliénation de l’individu par une société qui se voile encore la face, et n’admet pas que le mal-être de beaucoup de salariés risque, à long terme, de provoquer bien des catastrophes.
Le film suit donc un col blanc, employé depuis une vingtaine d’années dans une grande compagnie de fret maritime qu’il a contribué à faire prospérer. Premier arrivé au travail le matin, dernier parti le soir, il a sacrifié sa vie de famille en ne comptant pas ses heures, estimant ainsi que sa société, comme il l’appelle, ne peut désormais plus se passer d’un cadre supérieur comme lui, qui accepte de prendre non seulement des responsabilités, mais également des risques.

Oubliant ainsi qu’il est certes un chef, mais pas le patron, il instaure envers ses subordonnés un rapport de domination d’autant plus important qu’il imagine que l’argent peut tout acheter.
Bien installé, dévoué à son entreprise, il ne voit pas les années passer, et n’envisage pas une seule seconde qu’il fait partie de tous ces actifs qui finissent par déranger leurs supérieurs, dès que leurs années d’ancienneté laissent entrevoir une indemnité de départ de plusieurs chiffres. Le spectre de la démission plane alors ; le licenciement étant d’autant plus coûteux pour des dirigeants qui ont déjà fait tous les calculs. Quid des petites « erreurs » qui ont coûté leurs postes à des salariés éberlués ? Elles hantent tous les jours les couloirs des Prud’hommes.

A travers le personnage de Frank, le film dresse le portrait de millions d’employés qui ne savent plus comment se positionner et ne comprennent plus le monde du travail, dans lequel ils passent pourtant 80% de leur temps. La question de l’implication dans l’entreprise se pose, à l’heure où des salariés ayant passé des décennies dans une même société sont invités à la quitter, sans vague ni remerciement. Comment assurer à sa famille un train de vie appréciable sans s’absenter, et donc sans sacrifier une relation privilégiée avec ses enfants ?
Ceux qui travaillent témoigne de toutes ces questions qui perturbe le salarié lambda, mais également sa famille. Le réalisateur montre que, dès le plus jeune âge, l’individu a conscience de sa place dans la société et que les enfants, premiers touchés par la position économique de leurs parents, ont une vision concrète de leur milieu social et des difficultés que peuvent rencontrer leurs familles dans leurs vies professionnelles.

Ainsi, alors que la société est déjà sévère envers ceux qui travaillent, qu’en est-il de ceux qui, précisément, ne travaillent pas ? Poussé à la démission, conduit hors de l’entreprise par un agent de sécurité devant tous ses collègues (la magie de l’open space), Frank a un nouveau défi à relever : garder la tête haute, même sans emploi, devant sa plus jeune fille, invitée par sa maîtresse d’école à une journée d’éveil au travail de papa. Et les demandeurs d’emploi dans tout ça ? Déjà stigmatisés par une société qui les condamne, les chômeurs ont maille à partir avec des obstacles qu’un col blanc, comme le personnage interprété avec pudeur par Olivier Gourmet, n’envisage pas, avant d’y être confronté.

C’est ce manque d’empathie que dénonce le réalisateur dans ce film, dont le principal cheval de bataille est la déshumanisation d’une société qui glorifie la valeur travail, tout en rendant progressivement impossible une activité sereine, sécurisante et pérenne. Il est d’autant plus dommage d’avoir rendu la faute de Frank si impardonnable, qu’il est difficile de vraiment plaindre un homme dont la réussite professionnelle lui a conféré une telle arrogance qu’elle prend le pas sur la vie d’un homme… Ceux qui travaillent laisse malgré tout un goût amer : loin de dresser le portrait d’un individu isolé dont l’histoire serait une exception dans un monde professionnel obscur, le film permettra à bien trop de spectateurs de se reconnaître. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle.