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Le coup de cœur de la semaine :

 

Hiner Saleem offre son film le plus accessible et sarcastique avec cette comédie policière enlevée, dénonciation explicite de l’étroitesse d’esprit.

Hiner Saleem, né dans le Kurdistan irakien, a fui le régime de Saddam Hussein lorsqu’il avait dix-sept ans. Réfugié en Italie, où il a suivi des études universitaires, il s’est ensuite installé en France. Les douze longs métrages qu’il a réalisés ont souvent été financés dans le cadre de coproductions européennes. Après le touchant conte westernien My Sweet Pepper Land, Hiner Saleem a opté pour le polar, transposant son action dans la petite île de Büyükada, à proximité d’Istanbul. Le choix de ce lieu touristique pour narrer une énigme criminelle pourrait sembler saugrenu, mais Saleem a mis en avant un double décalage. D’une part, le traitement sous forme de comédie donne au film de faux airs de Bons baisers de Bruges, compte tenu du détournement d’un décor de carte postale. Par ailleurs, le tournage en pleine saison hivernale a dépouillé le lieu de tous ses artifices, imbibant le métrage d’une atmosphère de mystère et de tension.

Mais ne nous trompons pas : Qui a tué Lady Winsley ? ne se veut pas simple film de genre brillant et élégant, malgré le plaisir que procure une intrigue surannée qui n’est pas sans évoquer l’univers d’Agatha Christie, ne serait-ce que par son titre résumant le MacGuffin scénaristique. Comme à son habitude, le cinéaste aborde les thèmes qui lui sont chers, à commencer par celui des discriminations à l’encontre des membres de la communauté kurde. « J’ai eu envie de faire un polar, mais à ma façon. Je suis un conteur avant tout, alors l’idée de genre fut un élan pour mon imagination, non une contrainte que je me serais imposée. Je voulais parler de la société turque et kurde d’aujourd’hui et des rapports entre les deux, sans être sentencieux sur le fond. C’est une histoire adressée à tout le monde, un sujet universel qui traite des rapports intemporels entre les hommes. L’humour, l’absurde et la folie accompagnent mes personnages, comme ils accompagnent chaque être humain qui veut vivre, ou qui tente de survivre », a déclaré le réalisateur (dossier de presse).

Car au fil de la difficile enquête menée par l’inspecteur Fergane, c’est toute une faune mesquine et étriquée qui va lui mettre des bâtons dans les roues : commissaire local plus ou moins corrompu et opportuniste, prêt à arrêter le premier suspect venu pour que l’enquête ne fasse pas de vagues, communauté masculine machiste qui enviait la liberté d’une reporter occidentale, mégères racistes et rétrogrades estimant être « chez elles » et donc « pouvoir tuer qui elles veulent ». Tous détestent l’étranger, le lettré et, d’une manière générale, toute personne ayant l’outrecuidance de venir bouleverser leur tentation de repli sur soi, qu’elle soit dépositaire de la loi ou intellectuelle Il est alors aisé de déceler dans le film une satire au vitriol de la Turquie d’Erdoğan et, partant, des populismes qui gangrènent la planète ces dernières années. Pourtant, Hiner Saleem garde la main légère et ne cède en rien aux outrances du film à thèse ou à la charge caricaturale. Qui a tué Lady Winsley ? est une bouffée d’air frais, qui devrait élargir l’audience d’un cinéaste dont l’œuvre a été jusqu’ici plutôt confidentielle.