Les sorties de la semaine :

Et toujours :

                      


Le coup de cœur de la semaine :

D’une main sûre, André Téchiné pose un regard anxieux et lucide sur un mal nouveau et silencieux de notre société : l’espoir d’une belle mort plutôt que d’une vie malheureuse.

Avant même que s’en soit écoulée la première demi-heure, l’intrigue et les enjeux du nouveau film d’André Téchiné sont posés : que faire lorsqu’un membre de votre famille devient soudainement religieux pratiquant ? C’est son droit le plus strict, dira-t-on à raison. Mais quand il projette de quitter la France pour partir faire le djihad, c’est une autre histoire. Cette histoire est celle de Muriel (Catherine Deneuve), qui découvre que son petit-fils Alex (Kacey Mottet-Klein) s’est fait manipuler par sa petite amie Lila (Oulaya Amamra), adepte du prosélytisme islamiste sur internet, et va tout faire pour le sauver… malgré lui.

La mise en scène de Téchiné reste maîtrisée et reconnaissable : le choix d’un centre équestre en pleine campagne pour situer son récit atteste une nouvelle fois du goût du réalisateur pour la ruralité. Ce cadre provincial et bucolique contraste subtilement avec la gravité du sujet traité et le déroulement nerveux et tendu du récit, visuellement traduits par la caméra à l’épaule, toujours en mouvement, les longs travellings et les grands panoramiques : l’urgence d’Alex pour rejoindre le djihad face à celle de Muriel pour l’empêcher de partir.
L’Adieu à la nuit n’est pas un film religieux, ni islamophobe. Au contraire, le récit s’attache à montrer que le radicalisme islamiste relève moins de la religion que de la volonté de donner un sens à son existence, de s’accomplir et d’être reconnu. Détruit par la mort de sa mère, Alex trouve dans la religion une source d’espoir, et comme dit l’expression, l’espoir fait vivre.

L’islam n’est pas l’islamisme, en témoignent les personnages de Youssef et de Fouad : le premier, farouchement opposé au fondamentalisme et à l’intégrisme, a refusé d’engager le second, djihadiste repenti, dans le centre équestre qu’il dirige avec Muriel, considérant qu’il a sali la religion musulmane. Muriel partira cependant à sa recherche, afin de le convaincre de résonner Alex et de le dissuader de quitter la France.
Voilà un film qui pose de bonnes questions : comment des personnes non-religieuses finissent-elles par éprouver, un jour, le désir de tuer au nom d’un dieu ? Il n’y a pas de réponse définitive et c’est en cela que la radicalisation islamiste, qui stigmatise l’islam, reste un sujet tabou dont il faut pourtant parler. C’est pourquoi l’on saluera aussi l’engagement des comédiens, courageux d’interpréter de tels personnages.