Les sorties de la semaine :

Et toujours :

                      


Le coup de cœur de la semaine :

 

Un film choc et sans concession qui met dos à dos une police dépassée et pétrie de contradiction, et la cité de Montfermeil en Seine-Saint-Denis, fracturée et en manque de repères.

 

Résumé : Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

Drôle de paradoxe que ce démarrage de film où nous voyons une ribambelle de gamins sauter allègrement les barrières du RER, pour rejoindre la foule des supporters de l’équipe de football et entamer la Marseillaise à gorge déployée ! Subtilement, au milieu de cette verve républicaine, le réalisateur glisse l’image d’un jeune qui brandit le drapeau algérien. D’emblée, le démarrage de ce premier long métrage dit absolument tout d’une jeunesse des quartiers, autant française qu’africaine, qui se cherche des marques identitaires, pour se construire un avenir serein. Ladj Ly connaît de l’intérieur la cité de Montfermeil. On se souvient des mouvements de la jeunesse qui avaient failli ébranler l’État, après le décès honteux d’un jeune poursuivi par la police. La blessure est encore béante. Les fractures se sont aggravées. Les jeunes côtoient non plus des communautés interculturelles, mais des groupes radicaux, qu’ils soient du côté de la mairie, de la religion ou de la délinquance.

Le constat est lourd d’une politique de la ville qui démontre son échec d’intégration. Les très jeunes adolescents effraient la police et semblent totalement livrés à eux-mêmes. Les limites de la loi sont franchies en permanence, et derrière ces visages d’enfants se cachent la peur, le manque de repères, et la colère. S’agit-il d’un film de propagande ? S’agit-il d’un énième film de banlieue ? On se souvient du très esthétisant La Haine de Kassovitz. Ici, tout a changé. Les jeunes convertis tentent de prendre la place des familles et d’embrigader les jeunes gens dans leur idéologie. La prostitution et le trafic de drogue sont de véritables fléaux. Et la discrimination continue de frapper durement la jeunesse. Personne ne peut rester indifférent devant un tel film. Qu’on soit jeune, issu de la banlieue, ou un spectateur lambda, chacun est traversé par le message hautement politique. Les Misérables dénonce à la façon de la grande œuvre de Hugo, un état du monde à l’abandon, où la vertu éducative a laissé sa place au chaos.

Le Grand prix du jury à Cannes constitue un geste politique. Le film souffre en effet de maladresses dans la mise en scène, d’exagérations narratives. Mais le souffle est là. Celui d’un réalisateur qui tente de crier ce qui fait le quotidien des populations des banlieues, c’est-à-dire étymologiquement le lieu des bannis. Les forces de l’ordre sont présentées dans ce qu’elles ont de pire comme de meilleur, autour de la figure de ce drôle de trio. Certes, la caricature n’est pas absente dans le portrait que le cinéaste esquisse du chef policier. Néanmoins, la vérité d’un abandon par les pouvoirs publics et d’une police complètement déboussolée est incontestable. La dureté du film tient en haleine jusque le générique de fin, où il devient presque impossible de sortir de son siège. Les Misérables est un grand film, polémique, dense, comme l’œuvre de Hugo l’a été au dix-neuvième siècle.