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Le coup de cœur de la semaine :

Ce film indépendant attachant, qui traite en mode road movie le dilemme entre désir de liberté et d’un foyer, est porté par l’interprétation radieuse d’Imogen Poots.
Ali et Evan sillonnent les routes entre les États-Unis et le Canada. Ils utilisent Bone, le fils d’Ali, âgé de huit ans, dans leurs trafics. Le jeune couple vit de plus en plus dangereusement. Tous rêvent pourtant d’un refuge, d’un foyer, mais leur fuite inexorable les entraîne sur un chemin qu’ils n’avaient pas prévu… Pour trouver sa place, Ali aura à faire un choix entre la liberté et sa responsabilité de mère.
Diplômé de la NY Tich School of the Arts après avoir étudié en France, en Italie et aux États-Unis, Vladimir de Fontenay s’était fait remarquer par ses courts-métrages. Parmi eux, Mobile Homes était axé sur une jeune mère souhaitant fuir sa condition de vie précaire et partant avec son fils à bord d’un mobile home. Voulant approfondir ses personnages et développer son récit, le cinéaste eut alors l’idée d’une extension en long métrage, démarche similaire à celle d’Atsuko Hirayanagi avec Oh Lucy !Mobile Homes est un road movie attachant, portrait d’un jeune couple à la dérive et, partant, d’une autre Amérique du Nord : celle des laissés-pour-compte et des marginaux, vivant d’activités plus ou moins légales et morales pour survivre dans une société qui ne leur fait guère de cadeaux. À cet égard, la scène dans laquelle Ali conduit son petit garçon malade dans un centre social où on lui annonce que les soins ne peuvent avoir lieu dans l’immédiat donne le ton : sans aller jusqu’au militantisme d’un Ken Loach dans Moi, Daniel Blake, Vladimir de Fontenay pointe du doigt des solidarités de base en défaillance, ce qui permet de mieux cerner les agissements d’Ali.
Partagée en un besoin de sécurité et un désir de liberté, entre son amour pour le dangereux Evan et son attachement à un propriétaire de mobile homes bienveillant et protecteur, la jeune femme sous influence sera conduite à des choix sous de multiples contraintes. Les rapports avec son fils ne sont pas sans évoquer les liens fusionnels mais fragiles entre Bria Vinaite et la fillette de The Florida Project : même comportement parental borderline, menaces de séparation similaires au nom de la protection de l’enfance, mêmes activités souterraines, la prostitution étant ici remplacée par le deal de drogue, la vente de matériel volé ou le trafic de coqs de combat. Mais Vladimir de Fontenay opte pour une noirceur plus manifeste, sans pour autant chercher l’émotion facile, ni se retrancher derrière une épure distancée.
Les qualités du film culminent dans sa seconde partie, qui verra la mère et le fils se réfugier dans le mobile home, perçu comme une alternative fragile tout autant que le signe d’un nouveau départ : « Dans un monde où les gens sont souvent forcés de choisir l’exil pour travailler et survivre, il devient plus compliqué de prendre racines. Ce qui d’abord ressemble à un choix étrange et inconfortable devient un moyen d’évasion puis une possibilité pour tenter de s’assimiler à une communauté », a déclaré le cinéaste. Son premier long métrage cohérent et déjà très « pro », mais nullement académique, est en outre bien servi par ses interprètes, dont la radieuse Imogen Poots, que l’on avait remarquée dans Knight of Cups de Terrence Malick et Green Room de Jeremy Saulnier. Au final, ce premier film indépendant présenté à la Quinzaine puis primé dans plusieurs festivals vaut largement le détour.