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Le coup de cœur de la semaine :

 

Une thèse de l’intime et de l’éthique, culminant dans un suspense de déontologie et d’humanité qui bouscule les a priori. L’un des meilleurs rôles d’Emma Thompson, qui retrouve les non-dits des Vestiges du Jour et la logorrhée d’Au nom du père, troquant son rôle d’avocate pour celui de juge…

Faut-il obliger un adolescent à recevoir la transfusion qui pourrait le sauver ? Fiona Maye, Juge de la Haute Cour, décide de lui rendre visite, avant de trancher. Leur rencontre bouleversera le cours des choses.

Étonnante Emma Thompson. On croyait l’avoir perdue dans des productions insipides et des seconds rôles, certes réjouissants, de divertissement ; mais elle fait un retour flamboyant en 2018, dans le drame qui lui seyait si bien.
Mais où était donc passée cette grande actrice anglaise des années 90 qui nous faisait vibrer dans Peter’s friendsBeaucoup de bruit pour rienL’invité de l’hiver, et Retour à Howards End ? Un talent que toute une génération de cinéphiles n’a pas pu apprécier par la suite à sa juste valeur, alors que la fougue du cinéma britannique déclinait au début du XXI siècle, pour se concentrer sur des coproductions hybrides destinée aux multiplexes. On citera les Bond, évidemment, mais surtout la saga Harry Potter.
Dans My Lady (The Children Act en VO), l’ancienne épouse de Kenneth Branagh retrouve la témérité et la profondeur de ses meilleures compositions. L’on citera volontiers Les vestiges du jour et ses sentiments amoureux cruels car toujours tus. Dans Au nom du père, au contraire, son réquisitoire en tant que jeune avocate ébranlant le système judiciaire britannique pour restituer l’honneur et la liberté d’une famille, victime d’une ignoble machination judiciaire pendant près de deux décennies, restera l’un des plus volubiles et intenses du cinéma britannique de son époque.

En 2018, dans My Lady, l’avocate qui défendait Daniel Day Lewis, est devenue juge, et a gardé son éthique irréprochable. Accessoirement, dans le privé, cette femme entièrement dévouée à sa cause professionnelle, est aussi une épouse qui se dérobe dans son couple, de par l’ampleur morale de ses décisions sur la vie des autres. Elle est le lieu d’un vertigineux blocage des mots – ses silences, quand son mari, joué par Stanley Tucci, lui évoque ses frustrations pour redonner une ultime chance à leur couple stérile -, et celui d’une logorrhée puissante, précise et chirurgicale, dans ses sentences, concluant des affaires conjugales et des drames de l’éthique, où il n’est question ni plus ni moins de vie et de mort.
Dans son intégrité, My Lady, titre de décorum octroyé à Madame la Juge, enchaîne les drames ; elle décide du sort d’un enfant siamois, et d’une certaine manière, du droit de survie d’un adolescent, témoin de Jéhovah, qui refuse une transfusion sanguine, alors qu’il est atteint d’une leucémie qui le tuera s’il décide de suivre les desseins impénétrables du Tout-Puissant. Suspendu à la décision de la juge, le jeune homme recevra ou non le sang d’un autre et pourra très certainement être sauvé ou bien mourir si, le cas échéant, il obtient le respect de ses croyances par la justice britannique, pourtant soumise au Children Act, qui confère toutes ses priorités au bien-être des mineurs.

De façon adroite, le scénariste Ian McEwan et le réalisateur Richard Eyre (Stage beauty, Chronique d’un scandale, The Other Man, dans les années 2000, plus rien en salle depuis dix ans) livrent une œuvre dense dans son appréhension des conflits moraux et ses confrontations psychologiques. Les auteurs évitent également la lourdeur des œuvres à thèses, trop souvent fermées, préférant brosser une peinture complexe de l’humain au-delà du vernis (celui de l’âge, de la classe sociale…). 
Outre cette incursion passionnante au sein du système judiciaire britannique, d’un bel aperçu des rapports sous-tension entre société et religion, société et science, c’est bien le portrait de cette juge Fiona Maye qui demeure à l’esprit. Avec l’intériorité dont est capable de Emma Thompson, et ses incroyables plaidoiries et envolées du verbe juste, l’actrice au seuil des 60 ans est bien « la grande dame » du cinéma britannique, une lady au talent et à la beauté exceptionnels, car effectivement, tout est beau chez Emma Thompson, de sa grandeur d’âme dans ses choix cinématographiques, jusqu’aux rides qu’elle refuse de dissimuler, contrairement à la multitude de comédiennes de son âge.
My Lady est donc un beau mélodrame doublé d’un grand drame, qui est proposé en salle en guise de contre-programmation estivale. Il serait pertinent de s’y intéresser de très près.