Le coup de cœur de la semaine :

american American Pastoral

Un film de Ewan McGregor avec Ewan McGregor, Jennifer Connely, Dakota Fanning

1h48 – Etats-Unis

Moins un pamphlet anti-américain qu’une véritable mise en lumière des heures sombres d’une Amérique pourtant en proie à l’euphorie et à l’optimisme de l’après-Guerre et des Swinging Sixties, Pastorale Américaine, Prix Pulitzer de la fiction en 98, devenu aujourd’hui film, se promène au gré des décennies fastes d’une Amérique dominante. Peu à peu, la narration complexe efface le sourire radieux d’une famille presque parfaite, un jeune couple qui va connaître tristesse et désarroi, face à l’évolution chaotique de leur seule enfant, qui bégaye. Rapidement, le trouble langagier va devenir annonciateur d’une rébellion irrationnelle, signe de maux et troubles psychologiques eux-mêmes révélateurs de l’arrière-plan social et culturel d’une Amérique face à son Histoire (lutte pour les Droits Civiques et manifestations anti Vietnam).

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Avec enthousiasme Ewan McGregor, acteur, mais surtout réalisateur, plonge dans la littérarité du roman, dont il essaie de faire vivre la narration et d’appliquer à l’écran l’intensité des décors peints. La texture de l’image est plus littéraire que cinématographique, dans chaque plan somptueusement conçu, au détriment de la technicité de la réalisation qui peine peut-être à être autre chose qu’une suite de tableaux métaphoriques, dans lequel le spectateur aimera se blottir. Vénéneux, trouble, subversif, le film multiplie les idées malaisées pour viciée l’image d’une Amérique radieuse, aussi belle que le visage intemporel de Jennifer Connelly, qui a suivi le projet plus de 8 ans avant le début de tournage. American Pastoral fomente des plans socialistes, communistes, terroristes, des desseins bien sombres contre ses protagonistes voués à une autodestruction innée.

american_pastoral_photo_2-67abaAvec une dernière partie volontairement exsangue dans le rythme, située dans les limbes ténébreuses d’une existence brisée, American Pastoral prend le risque de s’aliéner les spectateurs habitués au classicisme des œuvres à statuettes, sans pour autant avoir un vrai point de vue personnel à apposer au regard effroyable de Philip Roth.
Fort d’un roman original en béton pour cimenter sa trame, American Pastoral, le film, n’en demeure pas moins une œuvre riche et passionnante qui rappelle la primauté du matériau littéraire sur l’objet filmique, aussi bon soit-il.