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Le coup de cœur de la semaine :

Avec Después de Lucia et Chronic, son premier long-métrage tourné aux Etats-Unis, Michel Franco a affirmé son goût pour les relations malsaines et la dépendance implicite qui en découle. C’est exactement cette réflexion qu’il poursuit dans son nouveau film qu’il consacre à un rapport d’amour/haine sur trois générations. Initialement pensé pour être tourné en anglais, Les filles d’Avril marque finalement son retour au Mexique où la thématique des grossesses adolescentes est ancrée dans la réalité sociale. C’est à cette occasion que Franco a fait appel à l’actrice hispanophone la plus en vue du moment, Emma Suárez, récemment auréolée du Goya de la meilleure actrice pour le Julieta de Pedro Almodovar. Il lui a offert le rôle délicat de cette quadragénaire expansive mais dissimulant un profond mal-être, qu’elle tente de combler dans des cours de yoga puis en se cherchant une seconde jeunesse grâce à l’adoption de sa petite-fille. C’est l’évolution de cette femme qui permet au réalisateur mexicain d’effectuer une rupture de style.

L’approche quasiment psychanalytique dans la relation qu’entretiennent ces deux femmes, Avril et sa fille Valeria, s’éloigne de la mise en scène minimaliste et très austère de ses précédents films, dans laquelle les explosions de violence physique pouvaient presque sembler superficielles. Ici, la violence est psychologique et plus insidieuse puisqu’elle monte crescendo au fur et à mesure que la rivalité pour la garde de l’enfant met à mal la relation mère/fille classique. Ce regard frontal sur une famille dysfonctionnelle n’est pas moins chargé en passages dérangeants. Les plus frappants sont d’ailleurs toutes les scènes où l’on prend pleinement conscience que le bébé n’est, pour Avril, qu’un prétexte pour assouvir un besoin tout autre que celui d’assumer des responsabilités de mère, et la brutalité avec laquelle elle va finalement l’abandonner. Ce pauvre bambin apparaît alors comme un simple objet de désir pour les deux femmes, cherchant toutes deux à remplir un profond manque d’affection, jusqu’à sombrer dans une certaine folie obsessionnelle véritablement déstabilisante.

C’est ce cheminement vers la névrose et la perfidie la plus abjecte qui fait du scénario de Franco une proposition cinématographique intéressante, mais l’austérité de sa mise en scène vient, encore une fois, peser sur le ressenti. En effet, la distance que le réalisateur pose entre le public et ses personnages, conséquence de ce qui semble être une frilosité à porter sur elles un jugement trop dur, nous empêche de prendre pleinement conscience de leur détresse émotionnelle et donc au mélodrame d’être aussi bouleversant qu’il le voudrait. Sans doute l’empathie aurait été plus efficace si ce thriller psychologique avait réussi à garder, comme dans le plan d’ouverture, le point de vue de la seconde fille d’Avril, Clara (Joanna Larequi), dont la place est finalement bien trop faible -pour ne pas dire inutile- au cœur de ce conflit œdipien filmé à la façon d’un thriller froid. Ceci ne nous empêche évidemment pas de profiter pleinement du talent des deux actrices principales, Emma Suárez et la jeune Ana Valeria Becerril, pour incarner toutes les variations, jusqu’aux plus radicales, de l’instinct maternel. Une double prestation qui fait froid dans le dos.