Les sorties de la semaine :

Et toujours :

                      


Le coup de cœur de la semaine :

Une chronique sociale sensible et pudique, qui raconte, à travers le portrait d’une famille à la rue, l’échec de tout un pays, l’Irlande, à offrir une dignité à ses habitants.

Il est difficile d’imaginer qu’encore en 2019, des familles aux revenus modestes doivent dormir dehors pour faire face à la pénurie de logements et l’inflation des loyers. Certes la crise de 2008-2011 est passée par là mais la propagande gouvernementale avait assuré que le pays s’en était sorti, suite à l’intervention du FMI. Manifestement, la petite famille de Rosie Davis n’a pas bénéficié de la prétendue reprise du pays. Elle, son mari, et leurs quatre enfants viennent de perdre leur maison, suite à la vente du bien par le propriétaire. L’Etat prévoit bien une carte de la mairie mais à la charge des indigents, de trouver par eux-mêmes une place d’hôtel libre. Et le combat est rude.

Rosie Davis A Dublin Family Story raconte les quelques jours de galère que traverse la famille dans sa voiture à la recherche d’un hébergement. Trois jours mais on sait à la fin du film, que ce peut être dix, quinze jours, un mois. Certes, l’institutrice des plus jeunes enfants fait montre de quelque empathie à l’égard de la famille. Mais cela demeure du discours. Car le film raconte le silence assourdissant des services sociaux face à cette famille démunie. On comprend bien que la jeune mère fait de son combat une question d’orgueil, mais tout de même, on découvre un système d’assistance sociale totalement absent et indifférent au sort de ces familles.

Le cinéaste choisit l’épure pour suivre cette famille. Caméra à l’épaule, il scrute les émotions, les larmes et les cris retenus. Car les parents autant que les enfants ne craquent que rarement. Les plans serrés accompagnent l’énergie folle de ces personnes, qui luttent autant pour leur dignité que pour trouver une solution provisoire pour la nuit. La mise en scène n’en fait jamais trop. Elle suggère la pudeur, la douceur des gestes et des mots. Il n’y a aucune volonté de rajouter du pathos sur du pathos. La situation sociale et économique du pays se suffit à elle-même. Elle est toute entière résumée dans le portrait de cette famille et particulièrement cette jeune mère, Rosie.

Il faut saluer le travail des comédiens, et notamment des jeunes enfants, dont le jeu, sincère, exprime une forme d’engagement militant en faveur de la carence structurelle de logements et d’hébergements adaptés pour les travailleurs modestes. On taira même cette scène où Rosie vient chercher sa fille qui s’est réfugiée dans une famille immigrée, parlant à peine le français. Eux bénéficient d’un logement. Et la grandeur soudain, c’est la façon dont Rosie accueille son adolescente sans porter le moindre jugement discriminant contre la famille. Au contraire, puisqu’elle reconnaîtra plus tard qu’elle aurait dû accepter que sa famille passe la nuit chez ces gens. Il faut du courage et beaucoup d’amour pour faire un film pareil, et c’est sans doute ce qui fait sa grande réussite.