Les nouveautés :

Et toujours :

Information :

Animations:

Le coup de coeur de la semaine :

The Christophers

Synopsis :

Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien devenu misanthrope n’a plus rien peint depuis des décennies. Ses enfants, avides d’héritage, engagent Lori, restauratrice et ex-faussaire, pour se faire passer pour son assistante. Sa mission : finir en secret une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », et en tirer une fortune.

Critique :

"The Christophers", porté par le surprenant mais très efficace duo Ian McKellen et Michaela Coel. (CLAUDETTE BARIUS)

En termes de genres réalisés, Steven Soderbergh a le goût de la surprise et de l’imprévisibilité. Ses trois dernières années furent aussi prolifiques que diversifiées : il s’aventure dans l’horreur avec le film de fantômes The Presence (2024), le thriller d’espionnage The Insider (2025), et présentait cette année sur la Croisette John Lennon : The Last Interview un documentaire consacré au dernier appel téléphonique de John Lennon avant son assassinat. Éclectique, certes, mais le réalisateur d’Erin Brockovich et de la saga Ocean’s nourrit toujours la même fascination pour la technique, l’innovation et les faussaires, qu’il hisse au rang des artistes, fasciné par leur ingéniosité.

Alors qu’il dressait le portrait d’une écrivaine en panne d’inspiration portée par Meryl Streep dans La Grande Traversée (HBO, 2020), c’est cette fois celui d’un peintre – autrefois brillant, aujourd’hui seul et amer – qu’il met en scène dans The Christophers, écrit par Ed Solomon (Men in Black, Charlie’s Angels). Ian McKellen y est, comme toujours, bouleversant. En salles mercredi 10 juin.

Lori (Michaela Coel, Chewing-Gum, 2015-2017 ; Mother Mary, 2026) est restauratrice de tableaux à Londres. Excellente faussaire par le passé, elle est contactée par une amie rencontrée en école d’art et le frère de celle-ci pour une mission singulière. Avides d’un héritage qui s’annonce juteux, les deux complices lui demandent de se faire passer pour l’assistante de leur père : Julian Sklar, peintre jadis mondialement célèbre, aujourd’hui misanthrope et tari. En secret, Lori devra achever The Christophers – troisième volet d’une série de toiles qui a fait la gloire de Sklar, mais qu’il est désormais incapable de terminer.

À contrecœur – pour des raisons que le film prendra soin d’étayer –, Lori accepte et part à la rencontre de Julian Sklar, retranché dans sa maison londonienne labyrinthique, sombre, encombrée jusqu’au plafond de toiles, de matériel et d’un bric-à-brac obsessionnel. Peu aimable, méprisant ses enfants cupides, prisonnier du récit qu’il fait de sa propre carrière, avec la fâcheuse tendance de répondre lui-même aux questions qu’il pose, Julian Sklar est un homme acariâtre, dont les seuls revenus proviennent désormais de dédicaces vidéo personnalisées commandées en ligne. De cette rencontre improbable entre une faussaire mercenaire et un vieux peintre désabusé naît une relation pour le moins singulière.

Duo exquis

The Christophers tire son épingle du jeu par ses dialogues cinglants et ses longues tirades baroques sur le monde de l’art et ses travers. Duo inattendu, Ian McKellen et Michaela Coel révèlent une alchimie comique très britannique : l’un est résolument réactionnaire, l’autre parfaitement au fait du monde contemporain. Soderbergh et son scénariste parviennent pourtant à écrire avec une vraie finesse les affrontements générationnels, nourris de toute l’aigreur de celui qui fut une star et de la rancœur d’une artiste qui n’a jamais pu vivre de son art. Les histoires des deux personnages se dévoilent lentement, pièce après pièce, rendant leur relation encore plus complémentaire qu’il n’y paraît.

En filigrane, Soderbergh revient à l’une de ses obsessions : l’argent comme épée de Damoclès. Il est le moteur de ses trois Ocean’s, de Lucky Logan (2017) ou de Ma vie avec Liberace (2013). The Christophers est une critique acerbe du marché de l’art et de l’absurdité de ses valeurs. Peu d’artistes parviennent à vivre de leur travail, et même à ceux-là échappe la logique d’un marché où la cote d’un tableau doit moins à sa beauté qu’au nom signé dans son coin.

Les bandes-annonces des films de la semaine :