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Wicker

Synopsis :

Au sein d’un village médiéval paysan, les jeunes femmes se marient les unes après les autres selon des coutumes parfois étranges. Seule la pêcheuse n’a pas eu cet honneur. Vivant à l’écart de cette petite communauté, elle est traitée comme une paria. Tout change lorsqu’elle demande au fabricant de paniers un mari. Il lui en confectionne un qui va semer la jalousie dans le voisinage.

Critique :

Après avoir converti une génération de cinéphiles au sado-masochisme dans l’excellent Pillion, Alexander Skarsgård va leur faire découvrir la vannerie dans Wicker. Il y incarne un homme d’osier qui marie Olivia Colman devant la caméra d’Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson.

Ça ressemble à un conte ? C’en est un. Adapté de The Wicker Husband de Ursula Wills, le long-métrage assume toutes les caractéristiques de ce « genre » qui éduque les enfants du monde entier depuis des siècles. Les personnages sont littéralement nommés selon leur fonction (ou selon la fonction de leur mari…), les péripéties sont toutes cycliques et Peter Dincklage incarne une mystérieuse figure fantastique dont les pouvoirs vont révéler de mauvaises habitudes. Et ce jusqu’au tout dernier acte, sorte de conte dans le conte jubilatoire qui aurait pu venir directement de l’imagination des frères Grimm.

Bien entendu, la morale de l’histoire est un poil plus complexe et surtout très contemporaine. La relation idyllique (et torride) qui se noue entre la pêcheuse et son bel étalon fait ressortir la toxicité latente, et souvent drôle, des couples du village, qui vont tous riposter à leur manière. Un conflit par petites piques interposées auquel prend part notamment le personnage d’Elizabeth Debicki, odieuse en chien de garde de l’aliénation.

À travers la formule du conte, Wicker s’amuse de tout ce que le patriarcat a fait de mal au couple hétérosexuel, au point où une relation saine finit par devenir suspecte, y compris la principale intéressée.

Il n’est pas le premier à jouer la carte de la fable féministe, mais il faut reconnaître qu’il est parmi ceux qui la gardent en jeu le plus longtemps. Jusqu’aux dernières secondes, ses personnages incarnent chacun un argument dans une gigantesque parabole. Le film durant 1h45, la formule empiète parfois un peu sur le rythme, surtout une fois que les deux tourtereaux ont appris à se connaître.

C’est toutefois peu cher payé la tendresse avec laquelle les réalisateurs Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson dépeignent ce petit monde d’injonctions, d’abrutis et de pureté. Sans jamais se réfugier dans la parodie, ils font de leur homme d’osier une sorte d’utopie humanoïde sincèrement désirable, bien aidés par un « maquillage » assez incroyable supervisé par Sarah Rubano (en collaboration avec une troupe d’artistes talentueux). L’humanité réelle de ce personnage est au cœur de la démonstration et ça fonctionne très bien.

Inutile également de préciser que ce registre est un terrain de jeu extraordinaire pour Olivia Colman, au sommet de son art, jouant la paillardise de la pauvre pècheresse sans occulter sa vulnérabilité et sa sincérité, qualité dont elle est la seule à disposer avec le vannier. En faisant jusqu’au bout le pari du conte moderne, les acteurs et cinéastes trouvent un point d’équilibre entre la gravité des thèmes évoqués et la légèreté du dispositif, irrésistible quand il passe en revue une galerie de villageois qui supportent mal qu’on les renvoie à leur piteuse médiocrité ou quand il invente toutes sortes de traditions débiles.

Ni comédie endiablée ni drame fantastique poignant, Wicker profite en premier lieu de sa modestie, comme une belle histoire lue sur un coin de lit… conjugal.

Les bandes-annonces des films de la semaine :