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Le coup de coeur de la semaine :
Alter ego
Synopsis :
Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence.
Critique :
Nicolas et Bruno, de leurs noms complets Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, forment un duo comique issu de la fameuse « école Canal+ » des années 1980-90. En 2008, avec La Personne aux deux personnes, ils portaient sur grand écran leur humour caractéristique, entre détournement, parodie et critique farouche du monde de l’entreprise. Ce premier long-métrage surfait déjà sur le thème du double, même si les deux personnalités en question étaient incarnées par des acteurs distincts, Alain Chabat et Daniel Auteuil. Dix-huit ans plus tard, dans Alter Ego, les cinéastes reviennent au double avec cette fois le fraîchement Césarisé Laurent Lafitte dans les rôles principaux. Avec toujours la même folie ?

AUX FRAIZES
Crâne d’œuf, salaire modeste et résident d’une maison fonctionnelle dans une banlieue pavillonnaire, Alex est l’archétype du « Français moyen ». Moyen, mais heureux, comme on le voit dès l’ouverture, en pleins ébats avec sa femme Nathalie (Blanche Gardin). La médiocrité, semblent nous dire Nicolas et Bruno, n’est pas un problème tant que rien ne nous y confronte. Patatras, un nouveau voisin débarque : le sosie parfait d’Alex, en mieux. Chevelu, sportif, séduisant, le dénommé Axel est d’autant plus insupportable aux yeux de son double nul, que personne à part ce dernier ne perçoit leur exacte ressemblance.
Ainsi commence Alter Ego, dans une suite de situations s’amusant à égrainer les comparaisons entre les deux Laurent Lafitte. Le premier, toujours plus ivre de rage de se voir surpasser partout : guitare, danse, bricolage, et même vigueur sexuelle. Si ces multiples oppositions annoncent un programme comique un peu plan-plan, elles sont l’occasion pour les réalisateurs de dérouler leurs thématiques.

Les fans de la première heure de Nicolas et Bruno seront contents, la COGIP est de la partie. La société fictive inventée dans leur programme court de 1998, Message à caractère informatif, pour moquer le monde de l’entreprise, est ici l’employeur d’Alex. Horreur, ce dernier découvre qu’il va partager bureau et dossiers avec Axel. Affable et compétant, le sosie menace jusqu’à son poste.
La farce se meut en une (légère) dénonciation. Réorganisation de l’espace de travail en open space où tout le monde s’observe, allers-retours fastidieux entre logement et bureau, pavillons identiques où les voisins sont aussi des collègues… autant de terrains de jeu pour Nicolas et Bruno, qui croquent avec un joli sens du grotesque le train-train minable que la société contemporaine offre comme seul horizon à sa classe moyenne. Certes drôles, le comique de situation et la charge politique d’Alter Ego restent pourtant, pour une bonne moitié du film, un peu timides et convenus.

LAFITTE BOY
Nicolas et Bruno brillent davantage dans leur manière d’imposer un rythme, un ton, où les outrances de leurs acteurs peuvent se déployer. Entre une esthétique pastel (on pense un peu à Quentin Dupieux) et un sens inspiré du chara-design (gros cœur sur la moustache de Zabou Breitman et la coupe choucroute de Marc Fraize), les cinéastes ont le chic de permettre à Laurent Lafitte et ses compères de cabotiner avec un plaisir communicatif sans que jamais ils ne dépassent la limite du supportable.
Pendant une grosse moitié du long-métrage, dans son humour comme dans sa mise en scène, Alter Ego est donc avant tout un film d’acteurs, pensé pour et au service de ceux-ci. C’est à la fois sa limite et son principal charme – Laurent Lafitte est parfait dans son double rôle, mais Blanche Gardin et Marc Fraize lui volent parfois allégrement la vedette. À partir des deux tiers de l’œuvre, une nouvelle dynamique s’instaure, resserrant sur le comédien principal et lui offrant un supplément d’ampleur et de drôlerie.
La détestation d’Alex pour Axel ne trouvant plus de justification, le premier est contraint de devenir l’ami du second… L’issue n’est pas heureuse. Alter Ego, tant dans son écriture que sa mise en scène, adopte alors les codes d’un polar mâtiné de fantastique et lâche les chiens. S’éloignant du jeu des 7 différences, Nicolas et Bruno composent des scènes où comique s’accorde avec suspense. Les blagues font rire d’autant plus fort (et jaune) qu’elles désamorcent ou renforcent une tension palpable.

Là encore, ce n’est pas dans son aspect « critique du néolibéralisme » qu’Alter Ego passe la 5e. Les blagues sur Chat GPT et l’esclavage moderne sont drôles, mais ne donnent pas grande matière à penser. C’est la liberté et la fantaisie dont jouit Laurent Lafitte qui profitent à plein de ce troisième acte tous azimuts. La séquence où le comédien joue en même temps une double partition, très théâtrale, s’appuyant sur un simple hors-champ dans le cadre pour enrober ses effets, est la plus belle et drôle du long-métrage.
Devant ce moment de bravoure, on réalise la vraie force d’Alter Ego, là où les deux réalisateurs s’amusent le plus, et nous avec : pousser au maximum les potards d’un comique très physique, presque slapstick, où l’énergie déployée compte davantage que le propos tenu. Dans cette tâche, ils sont épaulés par un Laurent Lafitte très en forme. Après de nombreux rôles dramatiques ou inquiétants, l’ex-pensionnaire de la Comédie-Française, déjà dans La Femme la plus riche du monde et désormais dans Alter Ego, revient pour notre grand plaisir au comique le plus immodéré.
Rédigé par A Sebald pour Ecran Large
