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A pied d'oeuvre

Synopsis :

À pied d’œuvre raconte l’histoire vraie d’un homme qui renonce à son métier dont il ne comprend plus le sens pour se consacrer à sa véritable passion, l’écriture. Mais être publié ne veut pas dire gagner sa vie…

Critique :

Valérie Donzelli signe un film poignant porté par l’intensité du jeu de Bastien Bouillon.

Après « Rue du Conservatoire » un documentaire dans lequel elle avait filmé une année de travail des jeunes acteurs du Conservatoire national, Valérie Donzelli s’intéresse cette fois à la condition de l’écrivain, dans un film sensible, porté haut par Bastien Bouillon. « À pied d’œuvre », prix du scénario à la Mostra de Venise, sort dans les salles le 4 février.

Quand le film s’ouvre, Paul Marquet (Bastien Bouillon), un quadragénaire père de deux grands enfants, est sur le point de changer de vie. Il a abandonné son travail de photographe qui lui assurait de bons revenus. Sa femme, dont il est séparé, part s’installer au Canada avec ses deux enfants, et il va bientôt quitter l’appartement cossu dans lequel il vivait avec sa famille, pour s’installer dans un studio, en entresol et mal chauffé.

Tous ces bouleversements sont le résultat d’un choix. Celui qu’a fait Paul de consacrer sa vie à écrire. Seulement voilà, « achever un texte ne veut pas dire être publié ». Son éditrice (Virginie Le Doyen) lui annonce que son nouveau roman ne convient pas. Les temps sont durs, « les gens veulent rêver ».  

Sans revenus, et bien décidé à garder du temps pour écrire, il s’inscrit sur Jobbing, une plateforme d’offres d’emploi en ligne et commence à vendre sa force de travail à droite à gauche pour un salaire de misère. « Tu n’es pas un vrai pauvre ! », « Pourquoi tu n’écris pas un livre qui marche ? », « Je ne comprends pas pourquoi tu t’entêtes à faire ces boulots de merde », « J’ai peur que tu finisses à la rue »… Si personne, dans son entourage, ne le comprend, Paul, « inaccessible au découragement », persiste et signe. « Ce n’est pas la misère, mais on commence à en avoir une vue bien dégagée », résume Paul.

« L’endroit de sa vérité »

Après avoir adapté « L’amour et les forêts » (Gallimard, 2014), le roman d’Eric Reinhardt, Prix Renaudot des lycéens en 2014, Valérie Donzelli porte à l’écran un autre roman, autobiographique cette fois, de Franck Courtès, publié en 2023 aux éditions Gallimard. Dans ce nouveau film, il est question de la précarité, et plus particulièrement de la précarité d’un écrivain.

À pied d’œuvre suit pas à pas le chemin de Paul, qui même dans les moments les plus durs, ne doute pas, ne renonce pas. « Pour lui, c’est l’endroit de sa vérité, c’est sa nécessité. Ce n’est pas une pause, c’est un état », explique à franceinfo Culture Valérie Donzelli, marquée par le souvenir de son grand-père, artiste peintre venu d’Italie, qui a vécu toute sa vie de son art, dans la pauvreté.

« Les écrivains ne vivent pas de leur travail d’écrivain. Il n’y a pas de statut pour les écrivains. Se consacrer à l’écriture, ça prend du temps. L’écriture est quelque chose qui n’a pas de règles. On ne sait pas quand est-ce que l’œuvre va arriver, quand est-ce qu’on va en accoucher. Comme il ne gagne pas sa vie avec l’écriture, Paul est obligé de faire ces petits jobs », souligne la réalisatrice.

« Une petite palette du monde »

Avec beaucoup de délicatesse et de subtilité, le film montre comment la pauvreté, et tout ce qui l’accompagne, s’empare de Paul à grande vitesse, dans sa dimension matérielle et humaine. Une pauvreté qui attaque son corps, et grignote son esprit. « Le sujet du film, c’est peut-être la perte de lien, et le besoin de donner du sens à sa vie, la déshumanisation du monde en général et du travail en particulier. Ce manque d’interlocuteurs, de lien, avec ces espèces de plateformes… Cet hypercapitalisme qui meurtrit le monde et qui n’est pas près de s’arrêter », s’inquiète Valérie Donzelli. Dans les dialogues, dans les regards, le film peint l’image que renvoie l’entourage, et la société en général, à ceux qui vivent dans la précarité, ici en plus de tout le reste avec le reproche d’en avoir fait le choix.

Les petits jobs font entrer Paul dans l’intimité de ses clients, dans leurs maisons. Ces petits moments deviennent un prétexte pour la réalisatrice, qui croque une galerie de personnages, des situations, des tranches de vie, avec un œil tendre. Des moments qui deviendront aussi matière à écrire pour Paul. « C’est un peu une petite palette du monde. Parce que quand il débarque chez eux, Paul les rencontre à des moments clés, avec leur état émotionnel au moment où il est présent », souligne la cinéaste.

« Je fais les films avec beaucoup de sérieux mais je ne fais pas des films qui sont sérieux », confie la réalisatrice, qui a glissé son regard cinématographique, et sa fantaisie dans l’histoire racontée par Franck Courtès. Elle fait ainsi jaillir à l’écran, dans des images en super 8, furtives, en mouvement, l’intériorité de Paul, son regard sur le monde. « Écrivains, peintres, musiciens, cinéastes… Les artistes se nourrissent de ce qu’ils voient, de ce qu’ils entendent tous les jours. Ils sont observateurs du monde. Cette observation, je voulais la traiter d’une façon différente de mon regard de cinéaste qui fait le film et qui le regarde. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de le faire en super 8, comme une sorte de mémoire artistique qui n’est pas aussi définie, qui est plus floue, qui est plus mélancolique aussi, peut-être », explique Valérie Donzelli.

Bastien Bouillon, que l’on a beaucoup vu en 2025, toujours juste dans la peau de personnages très divers, est nommé pour le César du meilleur acteur pour son rôle dans Partir un jour. L’acteur s’empare de ce nouveau rôle avec une sobriété qui donne toute son intensité à ce très beau personnage d’écrivain taiseux, opiniâtre, qui malgré l’adversité ne se laisse envahir ni par le découragement, ni par la colère, ni par l’aigreur. Un personnage qui contraste avec ceux qui l’entourent. Un père brutal, incarné par l’excellent André Marcon, ou encore son éditrice, opportuniste, jouée par Virginie Ledoyen.

Pamphlet sur la précarité, et plus particulièrement sur celle des artistes, À pied d’œuvre pose un regard tranchant sur une société qui dévalorise le travail, et nous interroge plus largement sur le sens de la vie et sur la liberté. Il nous invite à entrevoir la possibilité pour chacun, dans un monde déshumanisé, guidé par l’argent, l’utile, l’efficace, la performance, de trouver en soi le courage et la force de chercher, et pourquoi pas, de trouver « l’endroit de sa vérité »

Les bandes-annonces des films de la semaine :