Les nouveautés :
Et toujours :
Information :











Animations:

Le coup de coeur de la semaine :
Digger
Synopsis :
L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
Critique :
Le réalisateur mexicain aux cinq Oscars signe une satire du monde d’aujourd’hui déployée dans une mise en abyme qui nous invite à réfléchir sur le rapport ambigu des humains à la réalité.
Plus de dix ans après The Revenant, le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu signe son retour sur le grand écran avec une comédie grinçante sur le monde tel qu’il va (mal). Digger, avec un Tom Cruise comme on ne l’a jamais vu, sort dans les salles mercredi 30 septembre.
Le film s’ouvre sur le chant paisible des oiseaux. Puis il nous plonge dans des profondeurs sous-marines d’où s’échappent des bulles légères qui s’envolent en virevoltant. On comprendra plus tard, après que le rideau sera levé et le quatrième mur tombé, que cette image, aussi poétique qu’énigmatique, n’annonçait, hélas, rien de bon.
Digger Rockwell, milliardaire et maître du monde, vit dans une belle demeure campée en pleine nature, remplie de trophées de chasse, avec Maggie, sa vieille chatte subclaquante, la seule à savoir l’émouvoir. Santiags, chapeau de cow-boy, bolo ties, postures pseudo-viriles et parler mâchonnant… Digger cultive un look de plouc texan qui ne l’empêche pas de faire fructifier sa fortune, bâtie depuis trois générations sur l’exploitation de l’or noir. Une richesse qui lui a permis de mettre à sa botte rien de moins que le président des Etats-Unis.
Entouré d’experts chargés de la « sécurité environnementale », il n’écoute personne, jusqu’au jour où les infrastructures, installées au Groenland et en Alaska, qui lui assurent sa fortune, menacent la planète tout entière. Le milliardaire, avec l’aide de ses alliés de toujours (le président américain et son armada militaire), décide alors de mettre en œuvre une stratégie pour sauver le monde.
Farce catastrophe
Farce haute en couleur sur le déni de réalité et la manipulation sur fond de crise climatique, ce nouveau long-métrage d’Alejandro Gonzalez Iñarritu est une satire du monde d’aujourd’hui, avec des personnages stéréotypés, volontairement caricaturaux, mis en scène dans un scénario catastrophe. Le scénario emprunte aux films catastrophe hollywoodiens son esprit, et aux films de guerre sa terminologie, sauf qu’ici, on ne « pulvérise » pas » la gueule » de Ben Laden ou de tout autre adversaire humain, mais celle de « Dame Nature« , érigée en ennemi public numéro un.
La mise en scène est baroque, millimétrée. Chaque plan du film – tourné en VistaVision, un format grand écran – est travaillé comme un tableau vivant, avec un usage répété de la contre-plongée, des décors et des costumes stylisés. On sent dans la plastique ultra-léchée de ce nouveau long-métrage un réalisateur passé par la pub, et dans sa bande-son, qui vaut à elle seule le déplacement, un amoureux de la musique et du son.
Le réalisateur s’amuse à pousser les curseurs au maximum et à en désamorcer l’outrance en mettant habilement en scène le récit dans une mise en abyme spatiale et temporelle qui nous questionne sur la réalité, sur la véracité du spectacle grotesque donné par des puissants immatures, grossiers, racistes, suprémacistes, misogynes, obsédés par le business pour le business, et par une humanité « vautrée dans le confort« .
Derrière cette fable en apparence grand-guignol et simpliste, Alejandro Gonzalez Iñarritu signe un film complexe, qui questionne avec âpreté le monde contemporain, et « la guerre entre l’histoire que nous nous racontons et la réalité qui ne cesse de la bousculer« , précise le réalisateur dans la présentation du film.
Tom Cruise « premier violon de l’orchestre »
Comme souvent, Alejandro Gonzalez Iñarritu exploite à fond son casting, au premier chef Tom Cruise, complètement métamorphosé et grandiose dans ce rôle de milliardaire excentrique, grotesque et grossier, à la fois cynique et pathétique, et simultanément dans la peau d’un autre personnage dont on ne peut rien dire sans divulgâcher les surprises que réserve le film.
L’acteur est particulièrement impressionnant dans une scène clé du film, un monologue de plusieurs minutes, qu’il tient avec une impressionnante intensité. « Tout y est contenu. Il y a beaucoup de manières de l’exprimer, et beaucoup d’idées connexes liées à ce débat sur la question de savoir si nous préférons notre propre relecture de la réalité ou la réalité elle-même. C’est un combat propre à la condition humaine » résume Alejandro Gonzalez Iñarritu.
Tom Cruise, « premier violon de l’orchestre« , souligne le réalisateur, est au centre d’un casting prestigieux, de Sandra Huller à Jesse Plemons, en passant par John Goodman et Riz Ahmed, très convaincant dans le rôle du bien nommé Ganesh, chef de la « sécurité environnementale ».
« Un petit théâtre pour se moquer »
Le réalisateur mexicain aux cinq Oscars aime à se renouveler, et il le prouve une fois de plus en expérimentant un nouveau genre, de nouvelles formes, même si on retrouve des motifs déjà présents dans ses précédents films, comme la scène, déjà au centre de son film Birdman.
Un espace scénique qui lui permet ici de mettre à distance l’histoire qu’il nous raconte, et de donner à voir les deux facettes de la fiction. D’un côté, la construction par le pouvoir, de « récits », de « narratifs », de « réécriture de l’histoire », mis en œuvre pour manipuler des foules globalement consentantes. De l’autre, l’imagination créatrice, artistique, qui permet à cette même foule de mettre à distance le réel, pour mieux le supporter. Digger est un numéro de prestidigitateur, un film sur l’illusion que le spectateur est invité à expérimenter en direct depuis son fauteuil.
La fiction apparaît ainsi in fine comme un divertissement, « un petit théâtre pour se moquer« , mais pas seulement. La fiction est là aussi pour nous rappeler que la folie est non seulement « possible », mais qu’elle est bien réelle ; que toute cette outrance – toute ressemblance avec la réalité n’étant ici pas fortuite – est bel et bien en train de se produire et qu’elle nous conduit tout droit, si on ne l’arrête pas, à la catastrophe. En attendant, conclut le film, écoutons les oiseaux, les animaux, la nature, tant qu’elle chante encore…
