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Le coup de coeur de la semaine :
Le héros de Berlin
Synopsis :
Micha Hartung, propriétaire d’un vidéoclub berlinois au bord de la faillite, voit sa vie basculer : à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin un journaliste le présente comme le cerveau d’une évasion massive historique de la RDA. Devenu un héros malgré lui, il se retrouve pris dans un engrenage de semi-vérités et de mensonges éhontés.
Critique :
Cela fait un bail que ne clignote plus l’enseigne du vidéoclub The Last Tycoon (un bail aussi qu’on n’a pas écrit le mot «vidéoclub») et l’intérieur désert est à l’avenant : des affiches de De Funès et de Sophie Marceau période l’Etudiante – pardon Die Studentin, on est à Berlin –, des paperasses amoncelées qui fleurent le dépôt de bilan imminent et derrière le comptoir Micha Hartung (le minéral Charly Hübner) et sa bedaine de nounours mélancolique, un ancien cheminot de l’ex-RDA devenu gérant de ce temple du DVD, tel un vestige antédiluvien à l’ère du tout-numérique. Affleure déjà un petit monde encapsulé d’une Allemagne d’avant la réunification, dont on sent qu’il s’en est fallu de peu que tout cela ne vire au syndrome Amélie Poulain, si ce n’était l’arrivée intempestive d’un reporter en mal de scoop, infléchissant l’ostalgie (nostalgie de l’Est) en farce mordante : on s’apprête à célébrer les 30 ans de la chute du Mur (ça se passe en 2019), et dans les archives de la Stasi récemment ouvertes, le journaliste a déniché une anecdote dont il aimerait faire écho : en 1984, alors préposé à l’aiguillage à la gare de Friedrichstrasse, notre Micha suite à une manip malencontreuse, a dévié un train permettant à une centaine de Berlinois de filer vers l’Ouest et ce qu’on appelait alors «le monde libre». Il n’en faudra pas davantage aux médias pour faire de lui un symbole de la résistance au joug soviétique, malgré les molles dénégations du pauvre bougre, qui de fil en aiguille, de glissements en petits arrangements avec la vérité, se trouve propulsé au cœur d’un emballement médiatique : unes de magazines, talk-shows télévisés (avec la patineuse Katarina Witt dans son propre rôle), campagnes publicitaires (il devient l’égérie d’une marque de saucisse), jusqu’au projet de biopic, fabriquent de lui une image de héros qui lui attire les faveurs d’une romance dont il craint qu’elle ne soit usurpée.
Adapté du roman éponyme de Maxim Leo, le Héros de Berlin retrouve ce qui faisait le charme du cinéma de Wolfgang Becker, disparu en 2024 juste après le premier montage du film : l’art de marier la satire à la mélancolie humaniste. Dans Goodbye Lenin, énorme carton qui l’avait fait connaître à l’internationale, il observait avec tendresse la recréation d’un monde disparu – pour éviter à sa mère fraîchement sortie du coma un choc pouvant lui être fatal, un fils s’échinait à lui faire croire qu’elle vivait encore dans la RDA d’avant son rattachement à l’Ouest.
Testamentaire, son dernier film ressuscite moins cette RDA devenue objet de mémoire et de mythologie, que la vision plus ou moins déformée qu’on s’en fait depuis l’Occident. Au-delà de la vérité historique et du mensonge, de la porosité de l’une à l’autre dès lors qu’on en fait un récit, de la critique un peu convenue des fake news et de la marchandisation des figures héroïques, c’est le besoin de croyance, de fédérer un peuple autour de récits épiques, quelle qu’en soit la véracité qu’il met ici en exergue dans un rythme languissant qui n’aurait rien perdu à avoir par moments un peu de nerf.
