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Les voyages de Tereza

Synopsis :

Tereza a vécu toute sa vie dans une petite ville industrielle d’Amazonie. Le jour venu, elle reçoit l’ordre officiel du gouvernement de s’installer dans une colonie isolée pour personnes âgées, où elles sont amenées à « profiter » de leurs dernières années. Tereza refuse ce destin imposé et décide de partir seule à l’aventure, découvrir son pays et accomplir son rêve secret…

Critique :

Un sublime long métrage en forme d’échappée vers un dernier rêve

Grand Prix du Festival de Berlin 2025, « Les Voyages de Tereza » est un film brésilien en partie dystopique, qui revêt à la fois des aspects politiques et poétiques. Il nous plonge en effet dans un monde où les personnes âgés, sous couvert d’être hypocritement célébrées, sont en réalité mises à la retraite d’office à 75 ans et envoyées dans des colonies. Mais ici personne ne sait ce qui se passe réellement là-bas, car personne n’en est jamais revenu. Un point de départ finalement pas très lointain de celui du film japonais « Plan 75« , passé par un Certain Regard à Cannes en 2022. Mais le film se distingue fortement de celui-ci, ne s’intéressant pas à ce qui se passe dans ces fameux lieux, le scénario préférant se concentrer sur le dernier rêve d’une vieille dame qui voudrait voler en avion, et qui va refuser le piège dans lequel elle est involontairement tombée du fait de son âge.

Centré sur le personnage de Tereza, formidable Denise Weinberg, actrice venue du théâtre, « Les Voyages de Tereza » se pare d’une multitude de petits détails marquant l’exclusion du personnage, de cette supposée récompense affichée sur sa petite maison, à la fermeture forcée de l’échoppe d’un ami, en passant par le refus de la vente du billet d’avion en agence de voyage, sans l’accord de la fille. Critiquant ainsi subtilement l’attitude d’une société capitaliste envers les anciens, Gabriel Mascaro (l’excellent « Divino Amor« , « Rodéo« , « Ventos de Agosto« ) nous permet ainsi d’adhérer pleinement au désir d’évasion de son personnage, empli d’un élan de vie que l’on ne lui reconnaît pas à son âge. Le voyage peut alors commencer, nous emmenant dans une Amazonie méconnue, aussi industrielle qu’enchanteresse, entre villages sur pilotis ou flottants, embarcations surprenantes (même un casino…) et lieux sauvages où les animaux ne sont pas que protégés (abattoirs, combats de poissons…).

Angoissant de par la description qu’il fait dans un premier temps d’une dépendance forcée, le film se mue en une échappée belle aux mille couleurs, synonyme de débrouille et de rencontres à la fois surprenantes et étranges, dont cette autre vieille dame indépendante, qui aide les démunis et donne des bibles et prêche sur son propre bateau. À la fois politique et intelligent, « Les Voyages de Tereza » est un film lumineux, à la sublime photographie, habité par un personnage épris de liberté, dont les cheveux gris deviennent en eux-mêmes un symbole, d’abord cachés aux yeux d’une police maltraitante (elle sera mise en cage comme un animal, lors d’une arrestation…), puis libres, comme le redevient le personnage. Teinté de fantastique, le film prend des chemins de traverses sinueux, comme cette rivière bleue sur l’affiche française, comme les tracés de cet escargot à la bave bleue aux pouvoirs hallucinogènes, ou comme les chemins que peut finalement prendre une vie en pleine liberté.

Rédigé par Olivier Bachelard pour Abus de ciné

Les bandes-annonces des films de la semaine :