Les nouveautés :

Et toujours :

 Les animations à venir :

Le coup de cœur de la semaine :

 

Un sans-faute pour Virginie Efira dans un thriller familial qui échappe avec brio au risque de l’invraisemblance.

Résumé : Judith mène une double vie entre la Suisse et la France. D’un côté Abdel, avec qui elle élève une petite fille, de l’autre Melvil, avec qui elle a deux garçons plus âgés. Peu à peu, cet équilibre fragile fait de mensonges, de secrets et d’allers-retours se fissure dangereusement. Prise au piège, Judith choisit la fuite en avant, l’escalade vertigineuse.

Elle s’appelle Margaud, Judith ou encore Madeleine dans une vie multiple où elle cumule une activité professionnelle de traductrice, une vie de famille bourgeoise auprès d’un musicien et de deux garçons, et une autre vie de famille auprès d’un gars apparemment complice et une petite fille. Dans ce type de récit alambiqué, on pense à des grands destins de menteurs compulsifs comme Romand, dont l’affaire a déjà été portée au cinéma. Ce personnage complexe est porté d’un bout à l’autre par une Virginie Efira époustouflante de vérité. Elle joue sur tous les tableaux : la traductrice compétente, la mère de famille aisée évoluant dans un milieu lettré, et la maman plus sensible, jusqu’à ce qu’elle perde pied au milieu de ces multiples identités. Car Madeleine Collins est une variation brillante sur l’identité. Le personnage principal est un être capable de tous les mensonges, avec une assurance troublante. Surtout, elle ne faillit jamais dans ces compositions identitaires et parvient tant bien que mal à croire à ses propres mensonges et à berner son entourage.

Une nouvelle fois, Virginie Efira prouve sa place majeure au sein du cinéma français. Elle compose avec cette femme caméléon, dans une vraisemblance absolument bluffante. Les tenues qu’elle porte, le maquillage, et même la lumière du film contribuent à l’accompagner dans l’appropriation de ces identités nombreuses, et à donner chair à un personnage sombre dont on ne comprend plus vraiment le fonctionnement. Le scénario rythme admirablement cette descente en enfer psychique que Judith va traverser. La mise en scène joue sur l’ambiguïté, la confusion, au risque parfois de la faute de goût. Mais à chaque fois, le récit retombe sur ses pieds et le spectateur perçoit peu à peu dans quel gouffre elle s’est enfermée. Mais Antoine Barraud choisit de ne jamais victimiser son héroïne. A la rigueur, les plus malheureux dans l’histoire sont les enfants issus des deux couples, qui semblent de moins en moins dupes de la psychologie particulière de leur mère. Judith n’est jamais loin de la folie, mais le réalisateur s’abstient heureusement de succomber au psychodrame. Il joue au contraire sur le caractère fort et l’assurance de Judith dans les mensonges qu’elle accumule.

En réalité, le cinéaste refuse le jugement. Tous les protagonistes, à l’exception des enfants, semblent participer de près ou de loin à cette tragédie psychique. Le spectateur éprouve à la fois de l’attachement et de l’horreur face au personnage de Judith. En même temps, il ne peut s’empêcher de se demander pourquoi le mensonge fonctionne si bien, du moins, si tout le monde n’est finalement pas complice de cette sinistre comédie humaine. Les dialogues jouent avec les malentendus, les non-dits, et les silences, jusqu’à s’inviter dans des situations dignes du théâtre de boulevard.

Madeleine Collins est une œuvre de cinéma puissante, à la limite de la sorcellerie. Antoine Barraud s’affirme dorénavant comme un cinéaste important dans le paysage français. Ce récit avec un personnage ébloui, diablement interprété par Virginie Efira, devrait sortir le réalisateur de sa relative confidentialité.

 

Les bandes-annonces des films de la semaine :