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La femme qui en savait trop

Synopsis :

En Iran, Tarlan, professeure de danse à la retraite, est témoin d’un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement. Elle le signale à la police qui refuse d’enquêter. Elle doit alors choisir entre céder aux pressions politiques ou risquer sa réputation et ses ressources pour obtenir justice.

Critique :

Distribué quelques semaines avant la Palme d’Or cannoise 2025, ce film coécrit avec Jafar Panahi est un évènement cinématographique à ne pas manquer. Une œuvre âpre et forte en écho direct du mouvement Femmes, Vie, Liberté.
 

Tarlan n’est pas une simple professeure de danse en fin de carrière. Elle est une militante convaincue dans un syndicat d’enseignants où elle lutte avec ses camarades contre les arrestations arbitraires que le régime perpétue sur des professeurs. Elle est aussi une mère de famille qui partage ses sentiments entre un fils incarcéré à cause de ses dettes, et une fille adoptive mariée à un homme violent mais puissant. Nul doute, on est bien dans un film à l’écriture iranienne où le tragique bat le rythme du récit. Tarlan, telle une héroïne cornélienne, est emportée dans un conflit de loyauté extrême où elle tente de faire appliquer la justice, tout en faisant peser sur ses proches les intimidations policières qu’elle subit.

Le film sort dans les salles françaises quelques semaines avant Un simple accident, le chef-d’œuvre de Jafar Panahi, Palme cannoise 2025. la voix des femmes opprimées se fait de nouveau entendre dans ce film dur et courageux. L’actrice iranienne Maryam Boubani, du haut de ses soixante-douze ans, interprète cette militante vieillissante avec un courage inouï, n’hésitant pas à se dévoiler devant la caméra et à afficher clairement sa colère contre les lois islamiques qui font la part toujours belle aux hommes. Elle n’a peut-être plus rien à perdre… Signalons que le spectateur ne doit pas manquer une seconde du générique de fin où le réalisateur, connu essentiellement pour la coécriture du film de Panahi Trois visages, projette des images de téléphone portable qui montrent les arrestations sommaires des filles iraniennes ou des jeunes femmes dévoilées dansant, et hélas disparues depuis.

La femme qui en savait trop résonne comme une œuvre politique et sociale, puissante dans le contexte tourmenté de l’Iran dont le gouvernement s’est encore plus radicalisé à la suite des bombardements israéliens de 2025. Il faut reconnaître d’ailleurs que le cinéma iranien depuis quelques années fait montre d’un courage absolu pour dénoncer les exactions tragiques qui pourrissent la Perse. En même temps, le film raconte une histoire qui peu à peu endosse les traits du thriller. La tension devient alors permanente à partir de la seconde moitié du film, dès lors que l’héroïne décide de poursuivre le meurtrier de sa fille adoptive, en dépit de la mauvaise foi et de la pression policières.

Le titre français est tout à fait bienvenu par rapport à l’original, « Witness ». Le long métrage est plus qu’un récit autour d’un personnage qui a été témoin d’un crime. C’est d’abord une fiction qui parle des femmes, a fortiori une femme dépositaire d’informations pouvant déstabiliser les autorités policières. Le scénario ne livre pas toutes ses cartes, il laisse le spectateur imaginer les raisons de l’obstination policière à étouffer l’affaire. Toutes les méthodes sont bonnes, mais Tarlan, même abandonnée en pleine montagne désertique, n’abandonne pas son combat. Elle semble l’ombre de Jafar Panahi lui-même, qui malgré les condamnations, les assignations à domicile, les incarcérations à répétition, revient à chaque fois dans son pays, avec tous les risques qu’il encourt pour sa sécurité.

L’actualité dense de 2025 laisse un peu de côté le mouvement Femmes, Vie, Liberté, pour lequel sont mortes de jeunes étudiantes. En ce sens, La femme qui en savait trop réveille la mémoire et les consciences. Le film rappelle combien il est difficile de survivre dans un pays dominé par les hommes, où les lois islamiques sont écrites par des hommes pour des hommes, quand on est une femme de surcroît résistante. le message est donné aussi. La liberté et la démocratie adviendront des femmes, en espérant qu’elles ne failliront pas plus encore sous les coups de leurs tortionnaires.

Les bandes-annonces des films de la semaine :